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  • : Marrok Hengroen
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  • : Homme
  • : France
  • : étudiant fantasy traducteur shakespeare merlin
  • : Traducteur débutant, j'aime énormément la littérature - vaut mieux dans le métier. J'ai une petite préférence pour la fantasy, mais mon goût pour l'humour noir/anglais et les jeux de mots me pousse à d'autres lectures, que j'apprécie aussi.
Dimanche 15 novembre 2009
Hier, nous nous sommes rendus à l’exposition intitulée « La légende du Roi Arthur » sur le site François Mitterrand de la BNF (qui se tiendra là jusqu’au 24 janvier).

Et j’avoue, je suis mitigé. Certes, je m’attendais à ce que l’expo se centre autour des manuscrits français. Mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit à ce point.

Je ne parle même pas des raccourcis et des non-dits : Mordred, pour ne citer que lui, n’est présenté que comme le fils incestueux d’Arthur, son ennemi ; lorsqu’ils parlent du Gododdin, ils précisent qu’il trouve la mort plus ou moins en même temps qu’Arthur, mais il n’apparaît nulle part que ce personnage ayant énormément évolué au cours des siècles. Oui, il ne faut pas embrouiller le néophyte. Alors pourquoi ne pas lui expliquer les choses clairement – même si elles paraissent parfois compliquées – pour contenter aussi ceux qui s’y connaissent un petit peu plus ?

 

Le plus gros défaut de l’exposition : une expo française (donc on ne peut plus chauvine), et donc (plus ou moins) centrée autour d’un personnage français, né (très tardivement =D) de l’imagination fertile d’un Français qui, puisque le chevalier est Français et que l’auteur est Français est présenté comme le chevalier parfait.

Lancelot du Lac, vous l’aurez reconnu. Il va sans dire qu’il est parfaitement normal qu’un chevalier qui (veuillez excuser ma vulgarité) baise la femme de son Roi représente l’incarnation la plus parfaite de l’amoureux courtois.

Diantre.

Comparer Iseult et Tristan à Guenièvre et Lancelot… Sans vouloir jouer les rabat-joies, il n’y a rien de commun entre ces deux histoires – à part l’adultère.

Je le sais, Arthur est souvent réduit au stade d’électron dans les récits médiévaux – surtout les romans… français justement. Mais l’exposition s’appelait « la légende du Roi Arthur », il me semble, et non « les-textes-français-qui-portent-Lancelot-au-firmament-de-la-légende-arthurienne »… Il existe pourtant des textes tournant vraiment autour d’Arthur lui-même. Je veux parler, par exemple, de La Morte DArthur, de Thomas Malory, par exemple. Eh bien j’ai failli manquer le bouquin. Présenté en fin d’exposition, mal positionné, dans une version du XIXe siècle… C’est à croire que les organisateurs ne voulaient pas qu’on le trouve.

Auraient-ils oublié qu’Arthur est un personnage britannique, à la base ? Et quelle audace de considérer que Chrétien de Troyes est le tout premier à s’emparer de la légende pour en faire une œuvre littéraire ! Quid des poèmes qui devaient se balader de cour en cour, tous ne trouvant pas leur place par écrit, et certains perdus à travers les siècles ? Et que faire de Gildas, Nennius, Monmouth et les autres ? Certes, leur textes tiennent plus de chroniques historiques que de romances ; pourtant, ils n’ont pas non plus le statut de textes historiques parce que tous s’accordent à dire que certains faits qu’ils relatent n’ont pas existé tels quels – certains étant carrément affabulatoires. Alors que sont-ils ? Si ce sont des textes de fictions, pourquoi ne sont-ils pas considérés eux aussi comme des œuvres littéraires ? Simplement à cause de leur forme ? Et la Guerre des Gaules, alors… n’a-t-elle pas une double fonction de texte littéraire et de témoignage historique ??

 

Bref, j’ai trouvé cette dernière remarque d’une présomption sans appel. Inutile de dire que je n’ai pas apprécié.

Du tout.

La BNF ou « comment mettre NOUS en avant ? »

 

 

Reconnaissons une chose à cette exposition : les manuscrits anciens y étaient nombreux (et, bien entendu, j’ai un peu forci le trait : on n’y parle pas que de Chrétien de Troyes – sauf la guide – donc il y a en fait bien d’autres textes, y compris des textes étrangers), bien présentés, et beaucoup venaient apparemment d’être restaurés. Bref, une partie de moi était au paradis. Le prix reste abordable (7 euros pour les adultes, 5 pour les enfants et les étudiants) et j’ai passé un bon moment : l’entrée en matière présente quelques extraits de films rattachés à l’arthuriana ; les kakemono (dont le défaut principal consiste en les raccourcis grossiers qu’ils font, et, à plusieurs reprises, en le fait de mélanger deux textes) sont ludiques ; les textes « lus » et les œuvres d’art autres que les manuscrits.

Je suis, bien sûr, conscient des contraintes imposées par ce genre d’expositions : il faut faire court, précis, et toucher le public le plus large possible. Or la Matière de Bretagne est dense et part dans tous les sens : le visiteur alpha (et parfois bêta) . Alors pourquoi ne pas concentrer l’exposition autour d’un personnage ou d’un thème, ou même d’une période ? Parce que finalement, j’aurais sans doute été moins déçu si l’expo avait porté un autre titre, qui correspondrait davantage aux textes qu’elle présentait… Pourquoi pas « les chevaliers de la Table Ronde dans les manuscrits médiévaux français de tel à tel siècle ? » ou, pour faire plus court et percutant, « La légende arthurienne vue par les auteurs français de tel à tel siècle », voire même « La légende arthurienne en France » ? De toute manière, la plupart des textes qui n’appartenaient pas aux fonds de la BNF ayant sans doute dû être transportés depuis d’autres bibliothèques, ils restaient en quantité suffisamment anecdotique pour pouvoir passer comme « bonus »…

 

Une expo à voir, mais en gardant à l'esprit que ce qu'on y trouve n'est pas nécessairement ce qui a été annoncé...
Par Marrok Hengroen - Publié dans : Ma vie, mes textes - Communauté : La légende Arthurienne
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Lundi 10 août 2009
Tête à tête érotique


D'après les Microfictions de Régis Jauffret


 

       Depuis toujours, je suis lassé des femmes. Elles me fatiguent. Elles m’ennuient. Elles passent la soirée à papoter alors que tout ce dont j’ai envie, c’est d’un quart d’heure de va-et-vient suivi d'une heure de sommeil généré par les endorphines. Elles trouvent stimulant de discuter Kant ou mécanique quantique entourées de bougies censées me foutre le feu aux fesses, alors que moi je perds mon érection rien qu’à penser qu’elles vont foutre le feu aux draps.

       – Je suis loin d’être toujours aussi pragmatique.

       Je préfère mater les strippers au Banana ou me faire snober au Dépôt, histoire d’attirer un regard et de gagner un ticket pour passer la soirée en bonne compagnie. Pas besoin de nom. Pas besoin d’adresse. Deux hommes, une pièce, lit facultatif, capote, jouissance bien plus puissante pour moi que lors des maigres toussotements de ma verge sous la caresse de doigts trop peu calleux.

       Pourquoi, allez-vous me demander, fais-je donc des conquêtes féminines ? Conventions sociales oblige. Dans mon métier, mieux vaut avoir au bras Ève qu’Adam, Bethsabée que Jonathan – et oui, c’est encore mieux si elle est mariée. Mais lorsque, parti à l’assaut de leur Mont de Vénus, je les entends déblatérer leur science sur la reproduction des camélidés dans les zoos d’Europe de l’Est, petite leçon apprise via reportage sur le petit écran, je n’ai qu’une seule envie : quitter leurs bras douillets pour retrouver les biceps d’un garçon que je ne connaîtrais ni d’Ève, ni d’Adam, et lui faire l’amour toute la nuit.

       – Je suis un beau salaud.

       Même si je n’en ai pas le physique. Peu m’importe d’être taillé comme Adonis quand je peux tailler Adonis. Pourquoi me faire chier à écouter Écho quand je peux goûter au nectar de Ganymède ?

       – Pas ce soir, chérie, j’ai la migraine.

       Elles me disent misogyne. En fait, je ne suis qu'un homo contrarié. Quand je veux jouer aux marionnettistes du pénis, quel autre besoin que la raison sociale aurais-je de prêter attention au monologue du vagin ?

       – La prochaine fois, je m’en tiendrai aux têtes-à-queues.
Par Marrok Hengroen - Publié dans : Ma vie, mes textes
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Jeudi 6 août 2009
Brèves de cons notoires 5 – ou « Le cul entre deux chaises »

Parce que la connerie n’est pas l’apanage de l’Autre…




Je voudrais vous parler d’un con qui n’est jamais très loin de moi – toujours dans mon ombre, comme un paparazzi, prêt à monter à l’assaut à la moindre occasion. C’est le genre de cons qui vous tombe dessus lorsque vous n’êtes pas tout à fait prêt à assumer votre « moi » profond, quoi que vous puissiez dire, le « moi » qui vous pousse à vous renier vous-même, et fait qu’au bout du compte, votre existence se résume à cet état de fait :

Vous avez le cul entre deux chaises.

Ce con-là, il vit en moi. Il vit peut-être en d’autres personnes. Mais cela vous place dans des situations parfois bien étranges. Tenez. Le voilà. Il est à côté de moi et il se marre. Je le présente : Sur-moi, vingt-cinq ans de déni, qui claironne devant ses amis proches et les gens ouverts d’esprit (hors boulot/études en général) que le noyau de ses cellules a beau contenir deux chromosomes X, la nature s’est sévèrement plantée sur ce coup puisque dans sa tête sinon dans son corps, c’est un homme, mais qui s’avère infoutu de l’avouer à la plupart de ses parents et amis de la famille.

Car oui. L’avouer à un ami proche de la famille revient à l’avouer aux personnes de la famille dont vous préfèreriez qu’elles restent dans leur ignorance de manière à ne pas avoir à expliquer des choses qu’elles ne sont pas en mesure de comprendre – et que vous ne devriez d’ailleurs pas avoir à expliquer.

Ce n’est pas que j’ai honte de ce que je suis. C’est que même pour moi, c’est compliqué. Je ne me suis jamais vraiment senti « femme » (ce n’est pas faute d’avoir essayé), et je ne serai jamais vraiment un homme (même si j’ai les épaules assez carrées pour rentrer dans leurs vestes), même si je me faisais opérer. Il me manque pour cela un détail crucial auquel la chirurgie n’apporte pour le moment pas de véritable solution. Si c’est pour prendre des médicaments toute la vie que j’oublierai la moitié du temps et qui me nargueront tous les jours en me rappelant que je ne « suis » pas ce que je suis, passer une dizaine de fois sur la table pour un résultat médiocre et pas fonctionnel pour deux ronds, et apprendre à pisser droit à vingt-cinq ans, je préfère largement m’abstenir. Baladez-vous un peu sur le web et regardez le résultat des phalloplasties – ils fabriquent des godemichés plus réalistes… Sans parler des réactions sur les forums de gens qui se font opérer. Les remarques telles que : « l’un des testicules est mal positionné… Normalement, ils sont censés descendre au bout de quelques semaines, et il faut les encourager en les massant. Je n’ai pas trop insisté car c’était douloureux, et une fois la cicatrisation finie, ils étaient restés en haut. » sont très peu engageantes.

Certes, la situation est bien meilleure (sans doute) qu’il y a… mettons vingt ans. Ou un siècle. Mais elle est encore loin d’être idéale. À partir du moment où l’ont a effectué un choix – celui de se faire opérer ou pas, ou celui de se contenter de prendre des hormones – quelque part, il faut l’assumer. Ce n’est pas toujours facile. Et on s’en rend compte le plus souvent à des endroits incongrus.

En tant que trans, on a tendance à côtoyer des gens qui nous « ressemblent », ou qui sont en mesure de nous comprendre. Alors quand on se retrouve catapulté au mariage d’une amie d’enfance qui ne voyait rien de mal au fait que vous jouiez à Batman ou au Joker quand elle jouait à être Catwoman, ou que vous interprétiez Conan quand elle se cantonnait au rôle de Sonya la Rouge, que la vie vous a séparé de cette amie assez longtemps pour qu’elle n’assiste pas à votre passage difficile à l’état d’adulte – au moment où vous vous rendez compte que vous n’êtes pas seulement un garçon manqué qui ne joue aux Barbie que lorsqu’il manque de petits soldats et qu’il a besoin de grossir les rangs – et que vous vous retrouvez donc à son mariage, elle vous croyant totalement « femme », vous incapable de la contredire car comme le couard que vous êtes, et puisque vous avez pris la décision de ne pas passer sur la table, vous n’avez même pas l’intention d’en parler à votre propre père (c’est tellement plus simple), alors vous, le con du jour, vous voilà seul célibataire à une table de six couples hétéros dans une salle où, à part vous, tout le monde rentre apparemment dans le moule parfait de la société française actuelle.

Laissez-moi vous dire que ça fait bizarre. Bizarre de se rendre compte que se prendre pour Zorro quand on a six ans reste bien innocent tant que plus tard, on se conforme à la case qui nous est réservée dans les formulaires. Problème : je ne me considère pas comme une femme. Problème : on ne me considère pas comme un homme. Problème : il n’y a pas de carte de sécu qui portent le numéro 3, pas de case « autre » à cocher lorsqu’on remplit des papiers administratifs ou même des questionnaires sur internet. Je ne revendique même pas mon statut de « transgenre », puisque pour moi, je suis un homme. Mais chaque fois que je dois capituler, je me perds un peu plus.

En tout cas, mesdames, je vous admire. Le port du talon haut est l'art de la torture parvenu au sommet...


Bien à vous
Par Marrok Hengroen - Publié dans : Brèves de cons notoires
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Dimanche 26 juillet 2009
D'après les Microfictions de Régis Jauffret



Éditeur saoul

 

– Il était une fois…

Mon éditeur est un ivrogne. Il se pochtronne du matin au soir et du soir au matin. Pas un jour ne se passe sans qu’il n’ait un coup dans le nez – tellement bourré qu’il oublie que la porte de son bureau est en verre et, généralement, fermée. Comme si les lettres peintes sur ces vitres que les agents d’entretien, sadiques, continuaient de nettoyer tous les jours, dansaient pour lui dans l’air, ou comme s’il était trop ivre pour discerner autre chose que deux lignes noires dans son champ de vision.

Un bureau qui empeste tellement le bourbon que pas une mouche n’y survit. Plus efficace que la citronnelle ou  les prises anti-moustiques que sa secrétaire s’évertue à brancher en été. Peut-être qu’en fait, ce sont les vapeurs d’alcool qu’elle tient à chasser, et non les nuisibles. De peur de finir elle-même intoxiquée.

– Tu veux un petit jaune ?

Les trois-quarts des manuscrits qu’on lui envoie sont vraiment pourris. Les miens, surtout. Mon psy refuse de continuer à me voir. J’en ai essayé un autre – il consulte maintenant le précédent. Alors pour me venger, je déverse tout mon fiel sur les pages que je confie à mon éditeur. Une thérapie comme une autre, et au lieu de me coûter quarante-cinq euros la séance, ça me rapporte de l’argent.

– Ma femme m’a quitté…

Je ne comprends pas pourquoi ils réagissent tous comme ça. À se réfugier dans un vice (pour lui, l’alcool) pour se consoler de la perte d’un autre.

Toujours est-il que mon éditeur est saoul. La seule fois où il m’a invité à bouffer, il a pleuré sur mes genoux comme un bébé avant de crépir son propre mur. Mais il boit tellement et depuis si longtemps que le cancer a fini par le rattraper. Et ne le lâche plus.

– Je n’en ai plus pour longtemps.

Les médecins lui donnent trois mois. Trois mois, c’est long. Court aussi. Terriblement court. Surtout quand votre fils ne vous a pas rendu visite depuis cinq longues années parce qu’il ne supporte plus d’être confronté à la réalité. De voir le débris humain que vous êtes devenu. Et que vous craignez qu’il ne vous rende pas visite que parce qu’il a pitié.

Mon éditeur a beau être déjà ivre à sept heures du matin, il fait montre d’une sobriété impressionnante lorsqu’il s’agit de son fils.

Il était un foie.

Par Marrok Hengroen - Publié dans : Ma vie, mes textes
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Samedi 25 juillet 2009
D'après les Microfictions de Régis Jauffret


Le terrible gourdin du style

 

Les mots me donnent la migraine. Embêtant, pour un écrivain. Après des heures passées devant l’écran trop blanc de mon ordi, ce blanc éclatant, ce blanc que je noircis pourtant de lettres qui s’affichent peu à peu comme si cette immaculée que je suis payé pour la violer restait vierge malgré tous mes efforts, j’attrape mal au crâne. Je réfléchis, je me creuse la cervelle à coups de pioche pour pondre des phrases pour le moins alambiquées, et c’est à croire que mes doigts qui battent frénétiquement le clavier suivent la cadence d’une baguette invisible. Je couche les mots sur le papier, des mots qui, je le sais, me sont imposés par les contraintes du style.

– Comme des coups de gourdin.

Et je le sens, après des heures derrière un bureau, qui cogne dans ma tête, contre mes tempes, comme si sa trique s’était abattue en rythme sur les épaules de mes méninges et qu’à la fin de la journée, mes neurones avaient dépassé le seuil de tolérance.

– Si tu n’aimes pas ça, tu n’as qu’à t’arrêter.

Oui. M’arrêter. Après tout, rien ne m’oblige à rester l’esclave des mots. Là réside tout le problème. Malgré la souffrance, j’aime. Peut-être que pour être écrivain, il faut être un peu masochiste. Un peu complaisant.

J’ai envie de me plaindre, mais quand je trompe mon ordinateur pour aller m’allonger près de ma femme, je suis soulagé de ne pas avoir à lui mentir en prétextant la migraine. Les coups de gourdin du style m’ont totalement vidé de mon énergie et les pages que j’ai passé la journée à noircir me séduisent davantage que les cuisses d’une femme déflorée il y a si longtemps que je m’en souviens à peine. À moins que ce ne soit l’alcool que j’avais absorbé et le fait de l’avoir sautée dans le noir.

Demain, je prendrai une nouvelle page. Ma femme, elle, sera toujours là.

– T’aimes ça, en fait. Avoue-le.

Il n’y a rien à avouer. J’aime. Je le sais. Malgré les migraines, la torture mentale m’apporte plus de satisfaction que la main qui s’active sur ma verge quand je reste assis sur le trône, armé d’un rouleau de P. Q. et d’un magazine dont les pages luisantes étalent la chair opulente de filles artificielles.

Oui, je suis coupable. Je laisse le style me pénétrer. Je le laisse me diriger à coups de gourdin, et quand vient l’orgasme, il se retire et j’imprime une page. Puisque je suis exhibitionniste, je la confierai à un éditeur, et je pourrai ainsi revivre plus tard cette jouissance, comme si j’en avais tiré un film.

Par Marrok Hengroen - Publié dans : Ma vie, mes textes
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