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Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /Nov /2009 19:53
Hier, nous nous sommes rendus à l’exposition intitulée « La légende du Roi Arthur » sur le site François Mitterrand de la BNF (qui se tiendra là jusqu’au 24 janvier).

Et j’avoue, je suis mitigé. Certes, je m’attendais à ce que l’expo se centre autour des manuscrits français. Mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit à ce point.

Je ne parle même pas des raccourcis et des non-dits : Mordred, pour ne citer que lui, n’est présenté que comme le fils incestueux d’Arthur, son ennemi ; lorsqu’ils parlent du Gododdin, ils précisent qu’il trouve la mort plus ou moins en même temps qu’Arthur, mais il n’apparaît nulle part que ce personnage ayant énormément évolué au cours des siècles. Oui, il ne faut pas embrouiller le néophyte. Alors pourquoi ne pas lui expliquer les choses clairement – même si elles paraissent parfois compliquées – pour contenter aussi ceux qui s’y connaissent un petit peu plus ?

 

Le plus gros défaut de l’exposition : une expo française (donc on ne peut plus chauvine), et donc (plus ou moins) centrée autour d’un personnage français, né (très tardivement =D) de l’imagination fertile d’un Français qui, puisque le chevalier est Français et que l’auteur est Français est présenté comme le chevalier parfait.

Lancelot du Lac, vous l’aurez reconnu. Il va sans dire qu’il est parfaitement normal qu’un chevalier qui (veuillez excuser ma vulgarité) baise la femme de son Roi représente l’incarnation la plus parfaite de l’amoureux courtois.

Diantre.

Comparer Iseult et Tristan à Guenièvre et Lancelot… Sans vouloir jouer les rabat-joies, il n’y a rien de commun entre ces deux histoires – à part l’adultère.

Je le sais, Arthur est souvent réduit au stade d’électron dans les récits médiévaux – surtout les romans… français justement. Mais l’exposition s’appelait « la légende du Roi Arthur », il me semble, et non « les-textes-français-qui-portent-Lancelot-au-firmament-de-la-légende-arthurienne »… Il existe pourtant des textes tournant vraiment autour d’Arthur lui-même. Je veux parler, par exemple, de La Morte DArthur, de Thomas Malory, par exemple. Eh bien j’ai failli manquer le bouquin. Présenté en fin d’exposition, mal positionné, dans une version du XIXe siècle… C’est à croire que les organisateurs ne voulaient pas qu’on le trouve.

Auraient-ils oublié qu’Arthur est un personnage britannique, à la base ? Et quelle audace de considérer que Chrétien de Troyes est le tout premier à s’emparer de la légende pour en faire une œuvre littéraire ! Quid des poèmes qui devaient se balader de cour en cour, tous ne trouvant pas leur place par écrit, et certains perdus à travers les siècles ? Et que faire de Gildas, Nennius, Monmouth et les autres ? Certes, leur textes tiennent plus de chroniques historiques que de romances ; pourtant, ils n’ont pas non plus le statut de textes historiques parce que tous s’accordent à dire que certains faits qu’ils relatent n’ont pas existé tels quels – certains étant carrément affabulatoires. Alors que sont-ils ? Si ce sont des textes de fictions, pourquoi ne sont-ils pas considérés eux aussi comme des œuvres littéraires ? Simplement à cause de leur forme ? Et la Guerre des Gaules, alors… n’a-t-elle pas une double fonction de texte littéraire et de témoignage historique ??

 

Bref, j’ai trouvé cette dernière remarque d’une présomption sans appel. Inutile de dire que je n’ai pas apprécié.

Du tout.

La BNF ou « comment mettre NOUS en avant ? »

 

 

Reconnaissons une chose à cette exposition : les manuscrits anciens y étaient nombreux (et, bien entendu, j’ai un peu forci le trait : on n’y parle pas que de Chrétien de Troyes – sauf la guide – donc il y a en fait bien d’autres textes, y compris des textes étrangers), bien présentés, et beaucoup venaient apparemment d’être restaurés. Bref, une partie de moi était au paradis. Le prix reste abordable (7 euros pour les adultes, 5 pour les enfants et les étudiants) et j’ai passé un bon moment : l’entrée en matière présente quelques extraits de films rattachés à l’arthuriana ; les kakemono (dont le défaut principal consiste en les raccourcis grossiers qu’ils font, et, à plusieurs reprises, en le fait de mélanger deux textes) sont ludiques ; les textes « lus » et les œuvres d’art autres que les manuscrits.

Je suis, bien sûr, conscient des contraintes imposées par ce genre d’expositions : il faut faire court, précis, et toucher le public le plus large possible. Or la Matière de Bretagne est dense et part dans tous les sens : le visiteur alpha (et parfois bêta) . Alors pourquoi ne pas concentrer l’exposition autour d’un personnage ou d’un thème, ou même d’une période ? Parce que finalement, j’aurais sans doute été moins déçu si l’expo avait porté un autre titre, qui correspondrait davantage aux textes qu’elle présentait… Pourquoi pas « les chevaliers de la Table Ronde dans les manuscrits médiévaux français de tel à tel siècle ? » ou, pour faire plus court et percutant, « La légende arthurienne vue par les auteurs français de tel à tel siècle », voire même « La légende arthurienne en France » ? De toute manière, la plupart des textes qui n’appartenaient pas aux fonds de la BNF ayant sans doute dû être transportés depuis d’autres bibliothèques, ils restaient en quantité suffisamment anecdotique pour pouvoir passer comme « bonus »…

 

Une expo à voir, mais en gardant à l'esprit que ce qu'on y trouve n'est pas nécessairement ce qui a été annoncé...
Par Marrok Hengroen - Publié dans : Ma vie, mes textes - Communauté : La légende Arthurienne
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Lundi 10 août 2009 1 10 /08 /Août /2009 23:11
Tête à tête érotique


D'après les Microfictions de Régis Jauffret


 

Depuis toujours, je suis lassé des femmes. Elles me fatiguent. Elles m’ennuient. Elles passent la soirée à papoter alors que tout ce dont j’ai envie, c’est d’un quart d’heure de va-et-vient suivi d'une heure de sommeil sponsorisé par les endorphines. Elles trouvent stimulant de discuter Kant ou mécanique quantique entourées de bougies censées me foutre le feu aux fesses, alors que moi je perds mon érection rien qu’à penser qu’elles vont foutre le feu aux draps.

 – Je suis loin d’être toujours aussi pragmatique.

       Je préfère mater les strippers au Banana ou me faire snober au Dépôt, histoire d’attirer un regard et de gagner un ticket pour une la soirée en bonne compagnie. Pas de nom. Pas  d’adresse. Deux hommes, une pièce, lit facultatif, capote, jouissance bien plus puissante que lors des maigres toussotements de ma verge sous la caresse de doigts trop peu calleux.

      Pourquoi, allez-vous me demander, pourquoi fais-je donc des conquêtes féminines ? Conventions sociales oblige. Dans mon métier, mieux vaut avoir au bras Bethsabée que Jonathan – et oui, c’est encore mieux si elle est mariée. Mais lorsque, parti à l’assaut de leur Mont de Vénus, je les entends déblatérer leur science sur la reproduction des camélidés dans les zoos d’Europe de l’Est, je n’ai qu’une seule envie : quitter leurs bras douillets pour retrouver les biceps d’un garçon que je ne connaîtrais ni d’Ève, ni d’Adam, et lui faire l’amour toute la nuit.

       – Je suis un beau salaud.

       Même si je n’en ai pas le physique. Que m’importe d’être taillé comme Adonis quand je peux tailler Adonis ?

       – Pas ce soir, chérie, j’ai la migraine.

       Elles me disent misogyne. En fait, je ne suis qu'un homo contrarié. Quand je veux jouer aux marionnettistes du pénis, quel autre besoin que la raison sociale aurais-je d'écouter les monologues du vagin ?

       – La prochaine fois, je m’en tiendrai aux têtes-à-queues.
Par Marrok Hengroen - Publié dans : Ma vie, mes textes
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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /Juil /2009 22:55

D'après les Microfictions de Régis Jauffret



Éditeur saoul

 

– Il était une fois…

Mon éditeur est un ivrogne. Il se pochtronne du matin au soir et du soir au matin. Pas un jour ne se passe sans qu’il n’ait un coup dans le nez – tellement bourré qu’il oublie que la porte de son bureau est en verre et, généralement, fermée. Comme si les lettres peintes sur ces vitres que les agents d’entretien, sadiques, continuaient de nettoyer tous les jours, dansaient dans l’air, ou comme s’il était trop ivre pour discerner autre chose que deux lignes noires dans son champ de vision.

Un bureau qui empeste tellement le bourbon que pas une mouche n’y survit. Plus efficace que la citronnelle ou les prises anti-moustiques que sa secrétaire s’évertue à brancher en été. Peut-être qu’en fait, ce sont les vapeurs d’alcool qu’elle tient à chasser. De peur de finir elle-même intoxiquée.

– Tu veux un petit jaune ?

Les trois-quarts des manuscrits qu’on lui envoie sont vraiment pourris. Les miens, surtout. Mon psy refuse de continuer à me voir. J’en ai essayé un autre – il consulte maintenant le précédent. Alors pour me venger, je déverse tout mon fiel sur les pages que je confie à mon éditeur. Une thérapie comme une autre, et au lieu de me coûter quarante-cinq euros la séance, ça me rapporte de l’argent.

– Ma femme m’a quitté…

Je ne comprends pas pourquoi ils réagissent tous comme ça. À se réfugier dans un vice (pour lui, l’alcool) pour se consoler de la perte d’un autre.

Toujours est-il que mon éditeur est saoul. La seule fois où il m’a invité à bouffer, il a pleuré sur mes genoux comme un bébé avant de crépir son propre mur. Mais il boit tellement et depuis si longtemps que le cancer a fini par le rattraper. Et ne le lâche plus.

– Je n’en ai plus pour longtemps.

Les médecins lui donnent trois mois. Trois mois, c’est long. Court aussi. Terriblement court. Surtout quand votre fils ne vous a pas rendu visite depuis cinq longues années parce qu’il ne supporte plus d’être confronté à la réalité. De voir le débris humain que vous êtes devenu. Et que vous craignez qu’il ne vous rende pas visite que parce qu’il a pitié.

Mon éditeur a beau être déjà ivre à sept heures du matin, il fait montre d’une sobriété impressionnante lorsqu’il s’agit de son fils.

Il était un foie.

Par Marrok Hengroen - Publié dans : Ma vie, mes textes
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Samedi 25 juillet 2009 6 25 /07 /Juil /2009 22:12
D'après les Microfictions de Régis Jauffret

 


Le terrible gourdin du style

 

Les mots me donnent la migraine. Embêtant, pour un écrivain. Après des heures passées devant l’écran trop blanc de mon ordi, ce blanc éclatant, ce blanc que je noircis pourtant de lettres comme si cette immaculée que je suis payé pour violer restait vierge malgré tous mes efforts, j’attrape mal au crâne. Je réfléchis, je me creuse la cervelle à coups de pioche pour pondre des phrases pour le moins alambiquées, et c’est à croire que mes doigts qui battent frénétiquement le clavier suivent la cadence d’une baguette invisible. Je couche les mots sur le papier, des mots qui, je le sais, me sont imposés par les contraintes du style.

– Comme des coups de gourdin.

Et je le sens, après des heures derrière un bureau, qui cogne dans ma tête, contre mes tempes, comme si sa trique s’était abattue en rythme sur les épaules de mes méninges et qu’à la fin de la journée, mes neurones avaient dépassé le seuil de tolérance.

– Si tu n’aimes pas ça, tu n’as qu’à t’arrêter.

Oui. M’arrêter. Après tout, rien ne m’oblige à rester l’esclave des mots. Là réside tout le problème. Malgré la souffrance, j’aime. Peut-être que pour être écrivain, il faut être un peu masochiste. Un peu complaisant.

J’ai envie de me plaindre, mais quand je trompe mon ordinateur pour aller m’allonger près de ma femme, je suis soulagé de ne pas avoir à lui mentir en prétextant la migraine. Les coups de gourdin du style m’ont totalement vidé de mon énergie et les pages que j’ai passé la journée à noircir me séduisent davantage que les cuisses d’une femme déflorée il y a si longtemps que je m’en souviens à peine. À moins que ce ne soit l’alcool que j’avais absorbé et le fait de l’avoir sautée dans le noir.

Demain, je prendrai une nouvelle page. Ma femme, elle, sera toujours là.

– T’aimes ça, en fait. Avoue-le.

Il n’y a rien à avouer. J’aime. Je le sais. Malgré les migraines, la torture mentale m’apporte plus de satisfaction que la main qui s’active sur ma verge quand je reste assis sur le trône, armé d’un rouleau de P. Q. et d’un magazine dont les pages luisantes étalent la chair opulente de filles artificielles.

Oui, je suis coupable. Je laisse le style me pénétrer. Je le laisse me diriger à coups de gourdin, et quand vient l’orgasme, il se retire et j’imprime une page. Puisque je suis exhibitionniste, je la confierai à un éditeur, et je pourrai ainsi revivre plus tard cette jouissance, comme si j’en avais tiré un film.

Par Marrok Hengroen - Publié dans : Ma vie, mes textes
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Jeudi 16 juillet 2009 4 16 /07 /Juil /2009 22:03
Ma mémoire me joue sans doute des tours… Mais le sixième opus du best seller rowlinguien, sur grand écran, m’a laissé quelque peu perplexe. Passons sur le cinquième opus, que j’ai glorieusement oublié tellement il m’a marqué.

Bref, moi qui pensais qu’il y aurait matière à rire, et ce fut le cas à quelques reprises – dont une fois grâce à un charmant jeune homme parmi les spectateurs qui a salué avec sa propre « baguette » le départ de Dumbledore – j’ai davantage trouvé matière à pleurer.

En ex-appréciateur de Rowling – approximativement jusqu’au tome 3 – je continue à regarder les films pour me distraire, pour voir ce que les scénaristes en ont fait, et, évidemment, parce qu’on est sûr d’être bombardé de belles images sur fond de filtre bleuté.

Pour l’aspect visuel, j’ai été servi. Pour le reste…

Comment expliquer que moi, allergique comme je suis à ce que Rowling a fait de sa propre œuvre, j'aie pu être outré à ce point en voyant la liberté exagérée que le film prenait par rapport au roman ?

D'un point de vue strictement structurel, le film s'inscrit parfaitement dans la lignée des adaptations précédentes. Je m'explique. On passe en long, en large et en travers sur des trivialités, et les choses importantes sont… Éclipsées. Comme par magie. Je sais très bien que la relation entre Harry et Ginny tombe un peu comme un cheveu sur la soupe – et  en même temps, qu'on s'y attend depuis le deuxième tome. Mais avait-on besoin d’en asperger le spectateur dès les premières minutes du film, en créant une tension totalement absente du roman, quitte à sacrifier des éléments précieux à l'histoire ? Toutes ces choses qui sont expliquées dans le roman et auraient dû l’être ici… Où ont-elles disparu ? Pourquoi précipiter les deux moments cruciaux de l'histoire ? Peur qu’à cause du piètre jeu du numéro 1, il faille limiter le temps d’action des personnages secondaires ? Comment se fait-il que le personnage éponyme de l’épisode ne cumule en tout qu'une petite dizaine de minutes à l’écran ? Est-il écrit quelque part que Narcissa Malfoy, que l’on attend depuis des lustres, est en fait un animagus mouffette ?

Certains moments sont, admettons, délectables. J’ai particulièrement apprécié le jeu du jeune « Tom », celui de Draco – très convainquant – et (eh oui) celui de Lavender, horripilante à souhait. Ron reste toujours tordant, et j’ai même apprécié les apparitions de McLaggen et de Zabini… Rien à dire sur le jeu des acteurs adultes. Mais la tête d’affiche a le charisme d’une huître avariée, Hermione Granger reste trop Watsonnienne, et même Ginny, que j’apprécie dans le roman – du moins avant les tomes 6 et 7 où elle prend trop de place – se révèle complètement envahissante. Je m’attends sans cesse à ce qu’elle montre qu’elle ne sait pas abaisser le petit doigt où qu’une égratignure dévoile sa véritable peau – reptilienne.

En résumé, je ne sais pas ce qui serait le pire : que j’oublie ce volet comme j’ai oublié le cinquième dans un peu moins d’un mois tellement je l’ai trouvé insipide, ou qu’il reste gravé dans ma mémoire comme le film qui m’a donné envie de défendre JKR ?
Par Marrok Hengroen
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